Isidore Ducasse

« L’excavation s’évapore, goutte d’éther; la lumière apparaît, avec son cortége de rayons, comme un vol de courlis qui s’abat sur les lavandes; et l’homme se retrouve en face de lui-même, les yeux ouverts et blêmes. Je l’ai vu se diriger du côté de la mer, monter sur un promontoire déchiqueté et battu par le sourcil de l’écume; et, comme une flèche, se précipiter dans les vagues. Voici le miracle: le cadavre reparaissait, le lendemain, sur la surface de l’océan, qui reportait au rivage cette épave de chair. L’homme se dégageait du moule que son corps avait creusé dans le sable, exprimait l’eau de ses cheveux mouillés, et, reprenait, le front muet et penché, le chemin de la vie. »

Les Chants de Maldoror (1869)

Félicien Marceau

« Quiconque se met à vivre avec des raisons, c’est qu’il est mûr pour la péripétie. »

Chair et cuir (1951)

Anatole France

« Non, certes, je ne méconnais pas les services modestes et précieux que rendent journellement les gardiens de la paix à la vaillante population de Paris. Et je n’aurais pas consenti à vous présenter, Messieurs, la défense de Crainquebille, si j’avais vu en lui l’insulteur d’un ancien soldat. On accuse mon client d’avoir dit : “Mort aux vaches!“. Le sens de cette phrase n’est pas douteux. Si vous feuilletez le dictionnaire de la langue verte, vous y lirez : “Vachard, paresseux, fainéant; qui s’étend paresseusement comme une vache, au lieu de travailler”. “Mort aux vaches!” se dit dans un certain monde. Mais toute la question est celle-ci : Comment Crainquebille l’a-t-il dit? Et même, l’a-t-il dit? Permettez-moi, Messieurs, d’en douter. Je ne soupçonne l’agent Matra d’aucune mauvaise pensée. Mais il accomplit, comme nous l’avons dit, une tâche pénible. Il est parfois fatigué, excédé, surmené. Dans ces conditions il peut avoir été la victime d’une sorte d’hallucination de l’ouïe. [...] Et alors même que Crainquebille aurait crié: “Mort aux vaches!“, il resterait à savoir si ce mot a, dans sa bouche, le caractère d’un délit. Crainquebille est l’enfant naturel d’une marchande ambulante, perdue d’inconduite et de boisson, il est né alcoolique. Vous le voyez ici abruti par soixante ans de misère. Messieurs, vous direz qu’il est irresponsable»

Crainquebille (1902)

Antoine de Saint Exupéry

« Leurs phrases m’emmerdent, leur pompiérisme m’emmerde, leur ignominie m’emmerde, leur politique m’emmerde et je ne comprends rien à leur vertu. La vertu c’est de sauver la patrimoine Français en demeurant conservateur de la bibliothèque de Carpentras. C’est apprendre à lire aux enfants, c’est d’accepter d’être tué en simple charpentier… Ils sont le pays. Moi je suis du pays. »

Carnets (1953)

Piotr Kropotkine

« La révolte permanente par la parole, par l’écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite… tout est bon pour nous, qui n’est pas la légalité»

Le Révolté (1880)

Pierre Drieu La Rochelle

« Je me tue parce que vous ne m’avez pas aimé, parce que je ne vous ai pas aimés. Je me tue parce que nos rapports fûrent lâches, pour resserrer nos rapports. Je laisserai sur vous une tache indélébile. »

Le Feu Follet (1931)

Gabriel Matzneff

« Je fais la connaissance de Jean-Louis Foncine, à qui je dis d’emblée mon admiration pour le relais de la Chance au Roy. Nous parlons de cette nostalgie d’une chevalerie adolescente qui joue un si grand rôle dans ses livres. – Je lutte de toutes mes forces contre la termitière, me dit-il, et comme je crois qu’un groupe peut lui résister plus efficacement qu’un homme seul, je cherche à former des groupes, à faire naître des rêves dans l’âme des garçons. C’est pourquoi j’emploie souvent un langage fasciste. Le malheur du fascisme est d’avoir été dans les mains de primaires et de fous qui l’ont discrédité. »

Cette camisole de flammes (1976)

Eugène Dubief

« Le journal est un des premiers instincts de l’adolescent, une des dernières curiosités du vieillard. Il popularise les découvertes, il propage des connaissances utiles, il fait de chacun de nous un véritable fils du siècle. […] C’est, pour les trois quarts des Français, un guide, un instructeur, un éducateur, un Mentor de tous les instants, un directeur de conscience : c’est, pour l’autre quart, une distraction qui s’impose, un superflu plus nécessaire à la vie que le chemin de fer ou le télégraphe, aussi indispensable que le pain quotidien.»

Le journalisme (1892)

Sebastian Haffner

« Comme tous les Allemands de ma génération, mon expérience de l’histoire contemporaine avait profondément ancré en moi le sentiment que toutes choses sont incertaines et imprévisibles. L’homme prudent, c’était notre impression à tous, risque tout autant que l’audacieux, mais renonce en outre à l’ivresse de l’audace. »

Histoire d’un Allemand (1939)

Georges Courteline

« S’éprendre de la vedette des Folies-Modernes, rêver de l’inviter à déjeuner, voler sa propre mère pour obtenir la somme nécessaire aux agapes et croire que la dame viendra au rendez-vous, voilà ce qu’on fait quand on a dix-sept ans. Est-on niais, est-on godiche ! Ah ! jeunesse..»

Ah! jeunesse – Préface (1894)

Francis Bergeron

« Je crois que le monde moderne est une entreprise de dénaturation de l’homme et de la création. Je crois à l’inégalité parmi les hommes, à la malfaisance de certaines formes de la liberté, à l’hypocrisie de la fraternité. Je crois à la force et à la générosité. Je crois à d’autres hierarchies que celle de l’argent. Je crois le monde pourri par ses idéologies.Je crois que gouverner, c’est préserver notre indépendance, puis nous laisser vivre à notre gré. »

Qui suis-je ? (2012)

Érasme

« Les femmes courent après les fous ; elles fuient les sages comme des animaux venimeux. »

Éloge de la Folie (1511)

Cornelius Castoriadis

« Ce n’est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous. »

Les Carrefours du labyrinthe (1978)

Philippe Jaenada

« Les voisins de comptoir, qui en ont vu d’autres, des noires et des trop mûres, ne vous jugent pas et surtout ne vous plaignent pas. On dévoile ses échecs et ses peurs comme on montre la photo de son permis de conduire, ça détend. »

La femme et l’ours (2011)

Jean d’Ormesson

« Résistez. Résistez aux séductions moutonnières de la médiocrité, à l’ignominie des retournements intéressés, aux murmures de la lâcheté qui ne recule devant l’effort que pour se trouver tout à coup, mais trop tard, acculée à la tragédie. Résistez. Résistez. Gardez par dessus-tout l’amour de la liberté et votre sens critique. Combattez par l’ironie des indignations trop légitimes. Combattez par l’espérance un pessimisme trop justifié. »

Lettre ouverte au Président (1981)

Numéro Sixième

« Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents. »

La Violence (Mars 2012)

Roger Caillois

« Quand l’artiste est opprimé, le citoyen ne l’est pas moins. »

Babel (1948)

Friedrich Dürrenmatt

« Nous ne vivons plus sous la crainte d’un Dieu, d’une Justice immanente, d’un Fatum, comme dans la Cinquième Symphonie ; non ! plus rien de tout cela ne nous menace. Pour nous, ce sont les accidents de la circulation, les barrages rompus, l’explosion d’une usine atomique où tel garçon de laboratoire peut avoir eu un instant de distraction ; voire le fonctionnement défectueux du rhéostat des couveuses artificielles.
C’est dans ce monde hanté seulement par la panne, dans un monde où il ne peut plus rien nous arriver sinon des pannes, que nous nous avançons désormais tout au long de ses routes : « Chaussures Bally » – « Studebaker » – « Ice-cream », et les petits monuments dressés à la mémoire des accidentés.

[...] Ce que réclame la vie moderne, c’est de la distraction. Cinéma, le soir ; et poésie à la page littéraire du journal. »

La Panne (1956)

Albert Camus

« Il faut du temps pour vivre. Comme toute oeuvre d’art, la vie exige qu’on y pense. »

La Mort heureuse (1938)

Gilbert Cesbron

« Il était républicain comme tout le monde: par manque d’imagination. »

Notre Prison est un royaume (1948)

Louis-Ferdinand Céline

« La vérité ne me suffit plus. Il me faut une transposition de tout. Ce qui ne chante pas n’existe pas pour l’âme. Merde pour la réalité. Je veux mourir en musique, pas en raison ou en prose. »

Lettres à Milton Hindus (1948)

Jean-Jacques Rousseau

« J’ai toujours remarqué que les gens faux sont sobres, et la grande réserve de la table annonce assez souvent des mœurs feintes et des âmes doubles. »

La nouvelle Héloïse (1761)

Octavio Paz

« Chacun a l’infini qu’il mérite. »

Liberté sur parole (1958)

Samuel Ulmann

« La jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est un état d’esprit, un effet de la volonté, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort (…) Vous êtes aussi jeune que votre foi, aussi vieux que votre doute, aussi jeune que votre confiance en vous-même, aussi jeune que votre espoir, aussi vieux que votre abattement. »

Youth (1934†)

René Char

« Celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience. »

Fureur et Mystère (1948)

Jean Dutourd

« La violence dans l’amitié a quelque chose de sain, de réconfortant. Cela équivaut, sur le plan de la pensée, à ces bagarres à coups de poing qui éclatent entre les jeunes gens. Après avoir cogné de tout leur cœur, les adversaires vont boire fraternellement un verre au café : leur amitié est sortie fortifiée de leur bataille ; elle s’accompagne d’une admiration nouvelle pour leurs muscles et leur courage. Ah, le délicieux sentiment que l’amitié ! D’un ami, que l’on a élu parce qu’on a trouvé en lui une conformité de pensée et de sentiments, parce qu’on l’a reconnu de même race que soi, un frère du cœur et de l’esprit, on accepte tout sans mettre en doute ses motifs. L’amitié est un sentiment viril : plus elle semble rude et impitoyable, plus elle est tendre au fond, et sourcilleuse, et attentive. C’est une âme de jeune mère dans un corps de rhinocéros. »

L’âme sensible (1959)

Henry de Montherlant

« Chaque fois qu’on me loue, je respire mon tombeau. »

La Reine Morte (1942)

Jens Peter Jacobsen

« Lorsqu’il se plongeait dans la lecture des grands penseurs, il marchait parmi des géants endormis qui, retrempés dans la lumière de son esprit, se réveillaient et reprenaient conscience de leur force. »

Niels Lyhne (1880)

François Mauriac

« Dans l’amitié véritable, tout est clair, tout est paisible; les paroles ont un même sens pour les deux amis. Chacun sait ce que signifie respect de la parole donnée, discrétion, honneur, pudeur. Le plus intelligent rend ses idées familières au plus sensible; et le plus sensible lui ouvre l’univers de ses songes. Le bilan d’une amitié, c’est presque toujours des livres, une musique, une philosophie que nous n’eussions pas été capables d’aimer seuls. Chacun apporte à l’autre ses richesses.[...] Mais les jeunes hommes sont redevables les uns aux autres d’acquisitions plus précieuses: le souci de servir une cause, et cela est particulier à la jeunesse dès qu’elle se groupe! Tous les mouvements sociaux, politiques, religieux ont marqué notre époque dans la mesure où ils ont été des « amitiés ». Dès qu’ils ne sont plus des amitiés, c’est le signe que la jeunesse s’en retire; alors ils deviennent des « partis »: une association d’intérêts; l’homme mûr y remplace le jeune homme. Nos jeunes amours ne nous ont-elles aussi enrichis et instruits ? N’empêche que l’héritage de nos amours est plus trouble que celui de nos amitiés. »

Le Jeune homme (1925)

William Shakespeare

« Le soleil de Rome est couché. Notre jour est passé. Nuages, brumes et dangers, venez; notre oeuvre est terminée. »

Jules César (1623)

Alexandre Pouchkine

« Le jeu m’intéresse beaucoup, mais je ne suis pas en état de sacrifier le nécessaire dans l’espoir d’acquérir le superflu »

La Dame de Pique (1834)

Georges Bernanos

« Certes ma vie est déjà pleine de morts. Mais le plus mort des morts est le petit garçon que je fus. Et pourtant, l’heure venue, c’est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie, rassemblera mes pauvres années jusqu’à la dernière et, comme un jeune chef ses vétérans, ralliant la troupe en désordre, entrera le premier dans la Maison du Père. »

Les Grands Cimetières sous la Lune (1938)

Ernst Jünger

« Tout à l’écurie respirait la joie de vivre ; les chevaux étaient debout dans la paille dont les brins leur chatouillaient le ventre. On trouvait toujours deux ou trois autres chevau-légers auprès de Wittgrewe, des anciens de troisième année. J’y appris comment on panse sa monture après une longue chevauchée, comment on lui prépare sa litière, on la bouchonne, on lui tâte les paturons, on place devant elle de l’eau où l’on a versé de la paille hachée pour qu’elle ne boive pas trop goulûment, comment on la soigne et on la cajole, jusqu’à ce qu’elle vous pose la tête sur l’épaule et souffle à travers ses naseaux. J’appris aussi les arcanes du service d’écurie chez les châtelains et les paysans, j’appris à boire de l’eau-de-vie, à fumer des pipes demi longues à fourneau peint, à jouer aux cartes et autres arts sans lesquels nul ne peut faire un bon hussard. »

Abeilles de verre (1957)

Robert Frost

« J’étais au milieu de la forêt, il y avait deux chemins devant moi, j’ai pris celui qui était le moins emprunté, et là, ma vie a commencé. »

The Road Not Taken  (1916)

Antoine de Saint-Exupéry

« On ne peut plus vivre sans poésie, couleur, amour. Rien qu’à entendre un chant villageois du XVème siècle, on mesure la pente descendue. Il ne reste rien que la voix du robot et de la propagande. » 

Lettre au Général “X” (1943)

Louis Pergaud

« Dire que, quand nous serons grands, nous serons peut-être aussi bêtes qu’eux… »

La Guerre des boutons (1912)

Numéro Cinquième

« Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents. »

L’Ivresse et son flacon (Février 2012)

Jean Schmidt

« Mate un peu l’étoile jaune mec, l’étoile du ghetto Saint-Michel, l’étoile des voyageurs immobiles. Et là-haut, là haut on te vend la ville en rose… Moi j’y vois qu’un cercle vicieux. D’abord le machin à touristes: la Catépoum avec ses glorieuses dépendances. L’hôtel-Dieu et l’enfermement; l’antichambre de Sainte Anne pour les anges qui résistent encore. La maison Poulaga, fichiers électroniques, garde à vue, garde à vie.

 Et pour les anges déchus qui veulent en finir, pour les petits démons épouvantés par le grand, une seule issue: la Seine. Un beau petit plouf dans le grand égout. »

Comme les anges déchus de la planète Saint Michel (1978)

Maurice Barrès

« Le génie du Passé vient m’assaillir avec des accents tout neufs. [...] Faust, Manfred, Prospero ! Eternelle race d’Hamlet, qui sait qu’il y a plus de choses sur la terre qu’il n’en est rêvé dans notre philosophie, et qui s’en va chercher le secret de la vie dans les songeries de la solitude ! »

La Colline inspirée  (1913)

Albert Simonin

« Un ensemble à ne laisser nul passer inaperçu : Paulo moins que quiconque, dont la tronche canaille trahissait, sous l’effet de certains états d’âmes, le petit chromosome rabouin, récolté par une grand-mères gaillarde au hasard de galipettes furtives dans les fossés des fortifs. »

Le Hotu (1968)

Rainer Maria Rilke

« Il est tant de beauté dans tout ce qui commence. »

Lettres à un jeune poète (1929)

Romain Gary

« Nous crevons de faiblesse, et cela permet tous les espoirs. La faiblesse a toujours vécu d’imagination. La force n’a jamais rien inventé, parce qu’elle croit se suffire. C’est toujours la faiblesse qui a du génie. »

Clair de femme (1977)

Jules Romains

« Pendant la marche, Bénin et Broudier, gardant leurs habitudes, tenaient Broudier la droite, et Bénin la gauche. Lesueur s’était mis simplement à la gauche de Bénin. Ils ramonaient ainsi tout le calibre de la route. Bénin criait de temps à autre : – C’est dégoûtant! Vous, vous avez les ornières, vous roulez sur du velours. Et moi je danse sur le dos d’âne!

Mais au fond, il aurait été désolé de céder sa place. Il occupait le milieu du rang; rien ne passait de Broudier à Lesueur dont il n’eût sa part, il ne perdait pas une parole, pas un rire. Quelquefois même il répetait à Lesueur une phrase de Broudier que Lesueur avait mal entendue. Il habitait avec bonheur la région la plus riche de l’amitié. Aussi le monde ne lui importait-il presque plus Il voyait à peine les paysages. Il n’y donnait un coup d’oeil que lorsque Broudier ou Lesueur avait dit : – Pige moi cet horizon, si c’est bath!

Et il n’aurait pas été moins heureux sur le plateau d’Orléans. Car trois copains qui s’avancent sur une ligne n’ont besoin de personne, ni de la nature, ni des dieux. »

Les Copains  (1913)

Edmond et Jules Goncourt

« L’histoire est le plus grand bréviaire du découragement: on n’y rencontre que des coquins ou d’honnêtes imbéciles. »

Journal tome II (1878)

Octave Mirbeau

« J’avais des organes, et l’on m’a fait comprendre en grec, en latin, en français, qu’il est honteux de s’en servir… On a déformé les fonctions de mon intelligence, comme celles de mon corps, et, à la place de l’homme naturel, instinctif, gonflé de vie, on a substitué l’artificiel fantoche, la mécanique poupée de civilisation, soufflée d’idéal… l’idéal d’où sont nés les banquiers, les prêtres, les escrocs, les débauchés, les assassins et les malheureux..»

L’Abbé Jules (1888)

Louis Leboucher

« – Eh bien ! S’est-on un peu battu hier ? Vous savez mes enfants, sans cela vous n’arriverez jamais à rien! »

Théorie pour apprendre à tirer la Canne (1843)

Fiodor Dostoïevski

« Je n’ai jamais rien dit à Ivan dans ce sens, Ivan non plus ne m’en a jamais bien entendu soufflé un demi-mot, pas la moindre allusion, mais le destin s’accomplira, celui qui est digne prendra la place qui lui revient, tandis que l’indigne disparaîtra à jamais dans la ruelle, dans sa sale ruelle, dans sa ruelle bien-aimée pour laquelle il est fait, et là, dans la boue et la puanteur, il périra volontairement et avec délice. »

Les frères Karamazov  (1880)

Victor Méric

« Ce fut une époque de beuveries à décarcasser un veau, parmi les vapeurs des pipes et les proclamations d’esthètes crasseux, toutes lavallières dehors. »

Les compagnons de l’Escopette (1930)

Georges Courteline

« Il vaut mieux gâcher sa jeunesse que de n’en rien faire du tout. »

La Philosophie  (1949)

François Cavanna

« Je suis navré de voir villes et banlieues se hérisser de parallélépipèdes de béton et de verre à gueule de raie, accueillants comme une morgue, et surtout anonymes, cosmopolites, interchangeables. A quoi bon voyager, aller ailleurs? C’est partout pareil qu’ici: de la boîte empilée vite fait, du bureau en série pour faiseur de fric, ça attend le prochain bombardement. »

 Préface au Grand inventaire du Génie français (1990)

Saint Paul

« Le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui sont heureux, comme s’ils n’étaient pas heureux, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui tirent profit de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas. Car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. »

Première lettre aux Corinthiens (7,29-31.)

Hannah Arendt

« C’est précisément pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l’éducation doit être conservatrice. »

 La Crise de la culture (1972)

Bernard Dimey

« Ivrogne, c’est un mot que ni les dictionnaires, – Ni les intellectuels, ni les gens du gratin, – Ne comprendront jamais… C’est un mot de misère – Qui ressemble à de l’or à cinq heures du matin.

Ivrogne… et pourquoi pas ? Je connais cent fois pire, - Ceux qui ne boivent pas, qui baisent par hasard, - Qui sont moches en troupeau et qui n’ont rien à dire. - Venez boire avec moi… On s’ennuiera plus tard. »

Je ne dirais pas tout (1990 †)

Achille Chavée

« je suis un vieux Peau-Rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne. »

Décoctions (1974)

Alcofribas Nasier

« La farce est finie, je m’en vais vers le grand peut-être; tirez le rideau, la farce est jouée. »

Au chevet de son lit de mort  (1553)

Louis Calaferte

« On vivait dans l’instant. En évitant les bourres, ces sans-tripes qui nous eussent volontiers crochetés au premier tournant de rue, et coups dans la gueule, et dépôt à la suite. Ils nous avaient en plein dans leur mauvais oeil, les vaches!  »

Partage des vivants (1953)

Guy de Maupassant

« De temps en temps, nous voyions glisser deux ombres le long des massifs ; nous passions devant un banc où deux êtres, assis côte à côte, ne faisaient qu’une tache noire. Mon voisin murmura :

- Pauvres gens ! Ce n’est pas du dégoût qu’ils m’inspirent, mais une immense pitié. Parmi tous les mystères de la vie humaine, il en est un que j’ai pénétré : notre grand tourment dans l’existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu’à fuir cette solitude. Ceux-là, ces amoureux des bancs en plein air, cherchent, comme nous, comme toutes les créatures, à faire cesser leur isolement, rien que pendant une minute au moins ; mais ils demeurent, ils demeureront toujours seuls ; et nous aussi. » 

Monsieur Parent (1885)

Henri Calet

« C’étaient des manifestants; les mêmes qui, dans les temps qui suivirent, allaient pourrir la gueule ouverte, trente-deux dents au soleil d’une campagne inconnue, avec des tripes sanguinolentes entre les jambes. »

La Belle Lurette (1935)

Sully Prudhomme

«  Les caresses ne sont que d’inquiets transports, 

Infructueux essais d’un pauvre amour qui tente 

L’impossible union des âmes par les corps.

Vous êtes séparés et seuls comme les morts, 

Misérables vivants que le baiser tourmente. »

Les Solitudes  (1869)

Honoré de Balzac

« Les évènements ne sont jamais absolus, leurs résultats dépendent entièrement des individus: le malheur est un marche-pied pour le génie, une piscine pour le chrétien, un trésor pour l’homme habile, pour les faibles un abîme. »

  Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau (1837)

Michel Déon

« Ce n’était pas dans Sartre que l’on avait appris à écrire sur les murs: “Faites l’amour, pas la guerre”, “Sous les pavés, la plage”, “La beauté est dans la rue”, “Délivrez les livres”, “Il est interdit d’interdire”, c’était dans Nimier et Blondin qui, les premiers, avaient chahuté les professeurs, claqué les pupitres, jeté des boules puantes en classe, et chanté que le proviseur était cocu. » 

Bagages pour Vancouver (1985) 

Jean Genet

« L’acte de chier dans le petit matin, nulle part ailleurs ne prend la solennelle importance que seul peut lui conférer d’être réussi dans un cabinet, par les vitres dépolies de quoi l’on distingue la façade sculptée, les gardes, les statues, la cour d’honneur ; [...] car y chier devient un acte important qui a sa place dans la vie où le roi m’a convié. La prison m’accorde la même sécurité. »

Le Journal du Voleur  (1949)

André Gide

« Que toute émotion sache te devenir une ivresse. Si ce que tu manges ne te grise pas, c’est que tu n’avais pas assez faim. »

Les Nourritures terrestres  (1897)

Georges Feydeau

« La Môme, dos au public, avec des tortillements et sautillements de croupe, minaudant au milieu de ces dames qui forment éventail autour d’elle et allant successivement de l’une à l’autre. — Oh ! vraiment, madame, me refuser, oh ! c’est mal ! Et vous, madame ? Quoi, pas même une coupe de champagne ? On n’a pas idée, vraiment ! Vous me contristez ! vrai, vous me contristez !… Et vous, chère baronne, serez-vous aussi impitoyable ? Une petite coupe de champagne ?

La Baronne. — Une larme !

La Môme. — Une larme, à la bonne heure ! (Au maître d’hôtel à la façon des garçons de café.) Une coupe de champagne ! une !

Le Général, qui observe la scène depuis un instant. — Le fait est qu’elle a un je ne sais quoi, ma nièce ! un chien !… »

La Dame de chez Maxim (1899)

Arthur Cravan

« Il n’est personne qui puisse me comprendre car il serait moi – Qu’on le sache une fois pour toutes: Je ne veux pas me civiliser – Errant dans les rues, je rentrai lentement, et je ne quittai point des yeux la lune secourable comme un con - Je voudrai être à Vienne et à Calcutta, prendre tous les trains et tous les navires, forniquer toutes les femmes et bâfrer tous les plats. Mondain, chimiste, putain, ivrogne, musicien, ouvrier, peintre, acrobate, acteur, vieillard, enfant, escroc, voyou, ange et noceur, millionnaire, bourgeois, cactus, girafe ou corbeau, lâche, héros, nègre, singe, Don Juan, souteneur, lord, paysan, chasseur, industriel, faune et flore : Je suis toutes les choses, tous les hommes et tous les animaux ! 

[...] Quand on a la chance d’être une brute, il faut savoir le rester»

Maintenant n°4 (1914)

Nicolas Boileau

« Un pédant enivré de sa vaine science, - Tout hérissé de grec, tout bouffi d’arrogance, - Et qui, de mille auteurs retenus mot pour mot, - Dans sa tête entassés, n’a souvent fait qu’un sot, - Croit qu’un livre fait tout, et que, sans Aristote, - La raison ne voit goutte, et le bon sens radote. »

À M. l’abbé Le Vayer (1666)

Stefan Zweig

« Entre notre aujourd’hui, notre hier et notre avant-hier, tous les ponts sont rompus. »

Die Welt von gestern (1944)

Nicolas Bouvier

« On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels. »

Le Poisson Scorpion (1982)

Jean le Rond d’ Alembert

« Bientôt, malgré les cris de l’imbécile superstition, on réimprima les noëls. »

Eloges, La Monnoye (1720)

Sidonie Gabrielle Colette

« Fêtons Noël comme il viendra, et ne ronchonnons pas. L’essentiel est de le fêter. Il y a fête et fête: celle-ci sera sans truffes et sans dinde. Mais la «fête» est un état d’esprit plutôt qu’une frairie.»

Belles Saisons (1936)

Anatole France

« L’humanité est encore dans l’enfance. On a déterminé récemment, ou cru déterminer, d’une manière approximative l’âge de la terre. La terre n’est pas vieille. Elle existe à l’état solide depuis 25 millions d’années au plus et il n’y a guère que 12 millions d’années qu’elle a donné la vie à des herbes marines et à des coquillages. Une lente évolution a produit les plantes et les animaux. L’homme est venu le dernier: il est né d’hier. Il est encore dans le feu de la jeunesse. Il ne faut pas lui demander d’être trop raisonnable. Il a besoin d’être amusé par des contes. Ne lui ôtez pas l’histoire, qui est son plus bel amusement intellectuel. S’il faut des contes à l’humanité, répondra M. Bourdeau, n’avons-nous pas les poètes. Ils sont plus amusants que les historiens et ils ne sont pas beaucoup plus faux.

[...] M. Bourdeau, qui est si dur pour les annalistes, les chroniqueurs et généralement pour tous les mémorialistes, garde, au contraire, dans son coeur, des trésors d’indulgence pour les poètes. Comme ils ne tirent point à conséquence, il leur pardonne tout. J’ai remarqué que les philosophes vivaient généralement en bonne intelligence avec les poètes. Les philosophes savent que les poètes ne pensent pas; cela les désarme, les attendrit et les enchante. Mais ils voient que les historiens pensent, et qu’ils pensent autrement que les philosophes. C’est ce que les philosophes ne pardonnent pas. »

La vie littéraire (1892)

Alfred de Musset

« Ah ! croyez-moi au nom du ciel, mon cher enfant du siècle, le bonheur est assez rare ici-bas, c’est un triste défaut que d’en douter, et c’est presque un crime que de le détruire »

Lettre à Aimée d’Alton (1837)

Roger Gilbert-Lecomte

« Car nous croyons à tous les miracles. Attitude : il faut se mettre dans un état de réceptivité entière, pour cela être pur, avoir fait le vide en soi. De là notre tendance idéale à remettre tout en question dans tous les instants. Une certaine habitude de ce vide façonne nos esprits de jour en jour. une immense poussée d’innocence a fait craquer pour nous tous les cadres des contraintes qu’un être social a coutume d’accepter. Nous n’acceptons pas parce que nous ne comprenons plus. Pas plus les droits que les devoirs et leurs prétendues nécessités vitales. [...] Mauvais sont ceux qui ne se donnent pas entièrement à leur choix. Nous avons simplement le sens de l’action.

Pourquoi écrivons-nous ? Nous ne voulons pas écrire nous nous laissons écrire. C’est aussi pour nous reconnaître nous-mêmes et les uns les autres. [...]

Nous nous donnerons toujours de toutes nos forces à toutes les révolutions nouvelles. Les changements de ministère ou de régime nous importent peu. Nous, nous attachons à l’acte même de révolte une puissance capable de bien des miracles.
Aussi bien nous ne sommes pas individualistes : au lieu de nous enfermer dans notre passé, nous marchons unis tous ensemble, chacun emportant son propre cadavre sur son dos.
Car nous, nous ne formons pas un groupe littéraire, mais une union d’hommes liés à la même recherche.
Ceci est notre dernier acte en commun; art, littérature ne sont pour nous que des moyens»

Le Grand jeu n°1 (1928)

Alain, Criton, Quart d’œil ou Philibert

« On dit que les nouvelles générations seront difficiles à gouverner. Je l’espère bien. »

Propos sur l’éducation (1932)

Charles Baudelaire

« Le dandysme est un soleil couchant, comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Mais, hélas ! La marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour a jour ces derniers représentants de l’orgueil humain, et verse des flots d’oubli sur les traces de ces prodigieux mirmidons. »                                                                        LDC

Le Peintre de la vie moderne (1863) 

Emile Zola

« À quoi bon cette agitation vaine, si le vent, derrière l’homme qui marche, balaie et emporte la trace de ses pas ? Il l’avait bien senti qu’il n’aurait point dû revenir, car le passé n’était que le cimetière de nos illusions, on s’y brisait les pieds contre des tombes

L’Œuvre  (1886)

Franz Liszt

« Paris est aujourd’hui le centre intellectuel du monde, Paris impose à l’Europe attardée ses révolutions et ses modes; Paris est le Panthéon des vivants, le temple où l’homme devient dieu pour un siècle ou pour une heure, le foyer brûlant qui éclaire et consume toute renommée.»

À un poète voyageur (1837)

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